Contexte et objectifs de la table ronde
Le mardi 30 mai 2023 se sont réunis plusieurs acteurs bretons et malgaches de la coopération décentralisée. Cette journée avait lieu dans le cadre de l’Assemblée Générale d’Afdi Bretagne, organisée au Lycée Kerplouz Lasalle d’Auray. Cette table ronde, animée par André Geffroy, administrateur d’Afdi Bretagne, avait pour objectif de faire un état des lieux de la coopération décentralisée des collectivités bretonnes engagées sur le territoire malgache, en lien avec Afdi Bretagne et son partenaire, l’Apdip, organisation paysanne de la région du Bongolava.
Cette table ronde a pu être organisée grâce à la présence en Bretagne de délégations malgaches provenant des 3 communes rurales engagées dans la coopération décentralisée avec 3 communautés de communes bretonnes. Ainsi, les acteurs ont pu apporter leur témoignage, et apporter des réflexions sur les acquis et les perspectives d’évolution de cette coopération décentralisée. Les membres des délégations malgaches ont d’abord été appelés à faire le point sur les réalisations rendues possible par le biais de la coopération décentralisée et qui sont des atouts pour le développement des communes. Ils ont ensuite présenté les projets envisagés. Les élus et représentants de la coopération décentralisée en Bretagne ont aussi été invités à s’exprimer, notamment sur les retours bénéfiques de cet échange sur les territoires bretons.
Interventions d’ouverture de la table ronde
- Président d’Afdi Bretagne
En ouverture, le Président René Collin a rappelé le plaisir de renouer avec la venue des partenaires malgaches en Bretagne. Il a salué la mobilisation des communautés de communes bretonnes et de la délégation malgache pour participer à l’AG et cette table ronde et a souhaité que cette table ronde soit bénéfique aux acteurs de la coopération décentralisée et à ceux qui l’envisagent au sein de leurs territoires.
- André Geffroy
André Geffroy a ouvert la table ronde en rappelant l’engagement pionnier des communautés de communes bretonnes dans la région du Bongolava, aux côtés d’Afdi et de l’Apdip. L’historique de l’engagement des collectivités bretonnes a été rappelé, en évoquant les premiers acteurs ayant mis en œuvre cette coopération. Les engagements des collectivités étant dans des zones rurales, il a été rappelé l’importance de participer à la structuration des organisations paysannes, acteurs incontournables du développement agricole et permettant l’accès de services et de formations à de nombreux agriculteurs. Vu l’évolution de la coopération et les besoins que cela nécessite il était important de mobiliser plus de communautés de communes bretonnes à s’engager dans la solidarité internationale. Il a fini son intervention en invitant les représentants des communes malgaches présentes à faire le bilan des réalisations et les projets qu’ils envisagent de mettre en place.
Interventions des communes malgaches
- Bemahatazana (en coopération avec la communauté de communes de St Méen-Montauban)
Le maire de Bemahatazana a ouvert son allocution en remerciant tous ceux qui ont permis à ce partenariat de se mettre en place. Il a rappelé qu’après huit ans de partenariat avec la communauté de communes de Saint Méen Montauban, de nombreuses réalisations ont pu être faites, notamment la construction de la nouvelle mairie, la réhabilitation de deux écoles, la construction de deux nouvelles salles de classe, mais aussi le renforcement du lien entre les groupements agricoles de la commune et l’Apdip, qui a permis aux producteurs de bénéficier des nombreux services de l’OP, notamment les dotations aux petits matériels ou les formations apportés par les techniciens agricoles. Il a remercié particulièrement Afdi Bretagne et a reconnus le travail effectué sur place de l’Apdip auprès des paysans.
Pour la suite, le maire souhaite rendre fonctionnel le guichet foncier de la commune, qui permet la mise à disposition de certificats fonciers (procédure allégée permettant aux exploitants agricoles de sécuriser des parcelles pour des tarifs beaucoup moins onéreux que les titres fonciers). 9000 certificats devraient être distribuées d’ici la fin de l’année, pour un prix d’environ 1€ par certificat).
Un autre projet d’envergure mis en place a consisté au captage d’un point d’eau, pour permettre l’adduction en eau potable de la commune. Le projet est déjà bien avancé, et il reste encore à installer les infrastructures de distribution de l’eau potable.
Ce projet a pu se concrétiser grâce au financement de la communauté de communes de Saint Méen Montauban, qui a surtout eu un effet levier permettant de mobiliser d’autres financements, avec l’appui d’Aqua assistance (notamment pour l’ingénierie de captage d’eau).
- Miandrarivo (en coopération avec Leff Armor Communauté)
La coopération étant encore récente avec sa commune, le maire de Miandriarivo a remercié les acteurs qui permettent la bonne tenue de cette coopération décentralisée, et qui ont permis en moins de deux ans de mener quelques réalisations importantes. L’animateur communal a ainsi cité la construction des bureaux communaux, la réhabilitation de salles de classe, le lancement de la construction d’un lycée, la mise en place de l’éclairage public dans 7 fokontany (équivalents de hameaux, villages, secteurs ou quartiers) de la commune et la construction du marché. Pour la suite de la coopération, la commune a déjà envisagé plusieurs projets, comme la construction d’un nouveau marché dans un autre fokontany, et d’un centre de santé de base.
- Maritampona (en coopération avec Guingamp Paimpol Agglomération)
Le maire de Maritampona a rappelé l’importance prioritaire à Madagascar d’agir pour l’atteinte de la souveraineté alimentaire, et qui passe donc par un développement agricole. Il a poursuivi son intervention en insistant sur le fait que les paysans ont besoin d’être soutenus, car c’est par eux que leur quête l’autosuffisance alimentaire pourra être une réalité à Madagascar.
Dans sa commune, l’animateur a détaillé les réalisations qui ont été permises grâce à la coopération avec GPA, l’extension et la réhabilitation des bureaux de la commune, la construction d’un marché, d’un collège d’enseignement général, mais aussi la participation des élus à des séances de formations afin de renforcer leurs compétences. Des groupements villageois se sont aussi créés, appuyés par des animations et sensibilisations organisées par l’Apdip dans la commune. Ces groupements, appelés aussi organisations paysannes de base, adhèrent ensuite à l’Apdip pour bénéficier notamment des formations et des suivis des techniciens.
Interventions des communautés de communes bretonnes engagées à Madagascar
- Communauté de communes de St Méen Montauban
Pour Joseph Desprès, élu à la communauté de communes de St Méen Montauban, la coopération décentralisée a été un engagement en faveur de la solidarité internationale et le souhait d’accompagner le développement en soutenant des communes à l’étranger. Mais cet engagement est aussi l’expression d’une ouverture à l’international au sein de la commune, et la coopération internationale permet d’élargir les esprits et de favoriser l’interconnaissance, qui permettent de lutter contre le racisme.
« Un tel projet ne rayonne que s’il est accepté par la population », et pour se faire, des actions de sensibilisation à travers l’éducation à la citoyenneté et la solidarité internationale sont menées, notamment auprès des publics scolaires, des expositions photos montrant la vie dans les villages malgaches partenaires sont organisées.
Il est prévu également de mettre en place des échanges scolaires entre écoles des communes bretonnes et malgaches, pour faire vivre ce projet au plus près des administrés et le faire perdurer dans le temps.
- Leff Armor Communauté et Guingamp Paimpol Agglomération
Chantal Delugin, élue en charge de la coopération décentralisée pour la communauté de communes de Leff Armor a évoqué la première coopération qui avait été établie avec la commune malgache de Sakay en 2007, qui fut un succès avec comme principale réalisation la mise en place d’un système d’adduction d’eau, grâce à l’appui d’Aquassistance, et aujourd’hui toujours fonctionnel.
Certaines expériences de coopération ont toutefois été des échecs, avec un exemple récent de LAC, qui a voulu s’engager auprès d’une commune malgache mais dont la convention a été rapidement dénoncée, à la suite de malentendus importants avec les élus, ayant récemment remporté les élections municipales. Mais les échecs n’ont pas découragé les collectivités, et avec l’appui de l’Apdip, de l’Afdi Bretagne et des autres collectivités bretonnes bien implantées dans la région et ayant une bonne connaissance des contextes et des acteurs, la collectivité a pu rapidement rechercher et trouver une nouvelle commune rurale qui avait la volonté de faire vivre une coopération.
Les engagements de GPA et LAC en faveur de la solidarité internationale sont justifiés par la volonté de découverte de la culture malgache, et d’apporter un accompagnement à leur échelle au développement de Madagascar. Il convient de rajouter que cet accompagnement ne peut se faire que si l’engagement des communes malgaches est réciproque et qu’il ne peut être efficace que si les projets sont issus de la volonté des communes malgaches et expriment les aspirations des populations. Les collectivités bretonnes n’interviennent surtout pas en donneuses de leçons.
Les récentes missions et échanges avec les élus et représentants de la société civile malgache des territoires d’intervention de la coopération décentralisée ont permis de constater une évolution des priorités. En effet, lors des premiers échanges, les priorités exprimées étaient l’éducation et la santé, mais en 2023, le sujet qui préoccupe le plus les malgaches est le changement climatique, ce dernier ayant un impact important notamment auprès des populations agricoles.
Il devient alors urgent et nécessaire pour nous, collectivités territoriales bretonnes, d’en prendre conscience mais aussi d’être en capacité de pouvoir répondre aux attentes des malgaches, qui développent déjà des actions pour renforcer leur résilience face aux changements climatiques.
Conclusion
Cette table ronde était l’occasion pour les acteurs de la coopération d’échanger ensemble et de partager leurs expériences, réussites et réalisations, mais aussi d’évoquer les perspectives. Le développement dans les pays du Sud, notamment à Madagascar, passe par l’accompagnement de son agriculture et de la quête de la souveraineté alimentaire, tout en ayant conscience qu’il faudra renforcer les agriculteurs et leurs organisations dans leur résilience face aux changements climatiques, déjà bien visibles et concrets sur le terrain.
La venue en France des trois délégations malgaches, qui faisait suite à une mission des collectivités bretonnes à Madagascar en octobre 2022, permet aussi de faire vivre la relation de coopération dans les territoires bretons, auprès des élus et des administrés.